Les armées babyloniennes assiègent Jérusalem et
le roi Nebucadnetsar voit dans un rêve étrange
une statue métallique gigantesque.
Le sable soulevé par le vent lui piquait le visage comme des centaines
d’aiguilles. Daniel s’arrêta pour essuyer la sueur granuleuse qui lui
collait au front. Les six dernières semaines se confondaient toutes en une
masse confuse de sensations : bruit du sable crissant sous les pas, morsure
du soleil sur sa nuque rouge vif, irritation des yeux due à la sueur et à la
réverbération aveuglante. Ils arriveraient bientôt à Babylone, disait-on. Si
seulement ce cauchemar pouvait cesser...
La nuit, il s'enroulait dans sa couverture pour se protéger du froid du
désert. Il lui arrivait souvent de se réveiller en sursaut, tremblant de
peur en s’imaginant les mauvais traitements que Nebucadnetsar pourrait
infliger à ses amis et à sa famille. Et en fait, au cours des mois suivants,
l’horreur allait les submerger tous. L’immense armée du roi babylonien
envahirait Juda. Les soldats assiégeraient Jérusalem. Les Hébreux
succomberaient aux tortures de la faim, à la peur et au désespoir. Des
béliers feraient voler en éclats les portes de la ville. Des vagues de
soldats se déverseraient sur la cité de David. Les amis et les parents des
captifs pousseraient des hurlements déchirants, puis leurs corps
joncheraient les rues.
Ces images hantaient Daniel durant sa longue marche vers l’exil avec ses
compagnons d’infortune. Tous les matins, tandis que les coqs chantaient dans
les villages avoisinants, les gardes babyloniens réveillaient les troupes au
son du clairon. Puis, Daniel devait se lever péniblement, chausser ses
sandales trempées par la rosée, et se préparer pour une nouvelle marche de
vingt-cinq kilomètres, sachant qu’elle serait suivie de bien d’autres. Mille
six cents kilomètres séparaient Jérusalem de Babylone.
Mais par-dessus toutes les pensées qui tourmentaient Daniel, une question
revenait, lancinante : Pourquoi? Pourquoi cette tragédie? Qu’avait-il fait
pour mériter un tel sort? Quel objectif Dieu poursuivait-il donc en
laissant Israël subir une telle humiliation? Là-bas, dans le royaume de
Juda, Daniel appartenait à une famille affectueuse qui lui avait donné le
meilleur. Son avenir s’annonçait brillant au sein de l’élite de Jérusalem.
Maintenant, il avait tout perdu. L’avenir lui paraissait menaçant.
Reverrait-il un jour son pays, son foyer, sa mère et son père? Passerait-il
le reste de sa vie esclave d’un roi perfide, dans un pays étranger?